131 – UN ENFANT VA NAÎTRE

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Sept semaines après Pâque, on célèbre chez nous la fête des prémices, du début des récoltes. Et à Jérusalem, nous allâmes la fêter, nous les onze, et les femmes. Nous arrivâmes à la ville de David quelques jours avant, alors que les rues commençaient déjà à se remplir de pèlerins grillés par le soleil de la moisson, parés des couronnes d’épis et de fleurs. Comme d’autres fois, nous logeâmes chez Marc. Je me souviens de ces temps-là où Dieu avait relevé Jésus d’entre les morts, il naquit en nous tous un grand désir de savoir davantage de choses sur sa vie. C’est une de ces nuits avant la fête de Pentecôte où María, recherchant dans les souvenirs qu’elle conservait en son cœur, nous raconta les premières années de l’histoire de son fils.

María – Mes souvenirs ? Mais, que vous êtes curieux, bigre ! Que vous dire ? Cela fait tant de temps, il s’est passé tant de choses. Tout se confond un peu dans ma tête… Bon, allons-y, il faut commencer par Joseph. Oui, il faut commencer par lui.

Joseph – Bien le bonjour, María ! Heureux les yeux qui peuvent te voir ! Et plus heureux encore si ces yeux sont les miens !

María – Le voilà celui-là avec ses histoires… Ah, Joseph, ça ne s’arrange pas, hein !

Joseph – Et comment vais-je m’arranger si c’est à cause de toi que je suis comme ça ? Ecoute, ma petite, si j’étais de cire, je fondrais sous ton regard. Mais si j’étais de pierre, je fondrais pareil. Combien de fois veux-tu que je te le dise ?

María – Mais tu me l’as déjà dit sept cents fois et tu n’as toujours pas fondu. Allez, file, file, bonimenteur.

Joseph – Bien sûr que je file ! Mais, je continuerai à te dire que tu es la lumière de mes nuits et le pansement de mes blessures, la sandale de mon chemin, la fontaine de mon désert, la farine de mon pain, l’eau de mon gosier…

María – Mais, qu’est-ce qui t’arrive, aujourd’hui, Joseph ? Es-tu devenu fou ?

Joseph – Fou à lier ! Et c’est de la faute de la plus belle Nazaréenne de mon pays !

Nazareth était un petit village de rien du tout. Une noix toute petite. Il y avait quatre jeunes à marier, si je me souviens bien. Et, nous, les filles, nous étions trois. J’aimais beaucoup Joseph, ce grand garçon tout aussi bien capable de rafistoler une porte que de fouler le raisin dans le pressoir ou de mettre des ferrures à un mulet. Nous avions joué ensemble depuis notre prime jeunesse. Ensuite, plus grands, nous avons commencé à nous aimer. Je me souviens qu’au début, on devenait tout rouges quand on se rencontrait dans les champs, il se mettait à parler et à parler… Il me racontait des choses et n’arrêtait pas de rire. Moi, ça me faisait rire aussi. Mon père, Joachim, aimait beaucoup Joseph parce que c’était un garçon travailleur. C’est pour ça qu’un jour, il alla voir son père. Ils voulaient se mettre d’accord pour la noce.

L’ami – Bon, cher Joachim, si on a de bons yeux, on voit bien que ces deux jeunes gens sont faits l’un pour l’autre, non ?

Joachim – Je le pense aussi, mon ami. Je pense que les dattes sont mûres et que les jeunes gens sont prêts, comme disait le défunt Ruben.

L’ami – Il n’avait pas tort, c’est sûr, et mon Joseph, quoiqu’il ait un petit côté fou-fou comme tous les jeunes gens d’aujourd’hui, est un honnête homme. Votre fille épousera un homme sans détour.

Joachim – Eh bien, voyez-vous, ce n’est pas tout à fait gratuit. Ma fille sera se tenir à la hauteur, comme toutes les filles, mais ma fille, en plus, est droite et joyeuse comme une flûte de berger. Pleine de grâce sans égale !

L’ami – Alors, mon ami Joachim, pour moi, l’accord est conclu.

Joachim – Il n’y a rien à redire. Affaire conclue ?

L’ami – Affaire conclue ! Et que Dieu arrache les moustaches de celui qui rompt le contrat !

Joachim – Maintenant il faut que cette paire de tourtereaux aient beaucoup d’enfants et que nos maisons soient pleines de petits enfants, n’est-ce pas ?

L’ami – Tout à fait ! En parlant d’enfants, vos brebis ont-elles mis bas, mon ami ? Parce que, les miennes, c’est pour bientôt…

Peu de jours après, nous étions fiancés. J’avais quinze ans et Joseph dix-huit.

Joseph – A présent, tu ne m’échapperas pas, María ! Je suis comme l’arc-en-ciel du matin, promesse de bonheur !

Après nos fiançailles, la vie continua sans grands changements. Joseph cherchait du travail un peu partout, dans la propriété d’Ananie ou même plus loin, à Cana ou à Sepphoris. Dieu était avec lui et, parfois, il avait un peu de chance. Il voulait économiser quelques deniers pour après notre mariage. Je faisais ce que j’avais toujours fait : aider ma mère avec mes deux grandes sœurs parce que ma mère était à moitié malade à ce moment-là. Chez nous, il y avait beaucoup à faire, car nous étions nombreux. Tout était monotone mais, pour moi, tout avait changé. Je n’étais plus une petite fille. J’avais un fiancé, j’allais bientôt quitter la maison. J’étais très heureuse, en ce temps-là.

Une voisine – María, ma fille, tu as eu de la chance. Ce Joseph t’aime plus que la prunelle de ses yeux. Il n’arrête pas de dire des merveilles de toi.

María – C’est un bonimenteur, voilà tout.

La voisine – Ce n’est pas un bellâtre mais c’est un type super honnête.

Une fille – Dis-donc, toi, qu’est-ce que tu nous racontes, maintenant ! Joseph est laid ? Avec des épaules larges comme des remparts et des yeux…

La voisine – Attention, María, celle-ci est bien capable de te piquer ton fiancé ! Ecoute-moi, Tina, arrête de pousser, le puits ne va pas s’assécher tout de suite ! Passe donc, c’est ton tour et ta mère doit t’attendre.

Je m’approchai de la margelle du puits et je commençai à tirer sur la corde pour puiser de l’eau. Je ne me souviens même plus de ce qui est arrivé… J’ai vu trente-six chandelles et, après, tout s’est brouillé devant moi.

La voisine – Eh là ! Mais cette gamine s’est évanouie !

Une fille – Attrape sa cruche, Sarah, et aide-moi, on va l’emmener chez elle !

Une amie – Faites-lui de l’air. C’est un évanouissement. Avec cette chaleur, ce n’est pas étonnant !

Les semaines passèrent et j’avais toujours des évanouissements. Je ne me sentais pas bien. J’avais les jambes qui flageolaient pour un rien. Ma mère avait beau me donner des remèdes à base de basilic et me faire des décoctions de toutes sortes, rien n’y faisait. Un jour, je me suis bien rendu compte que j’avais quelque chose. Ah ! Sapristi, la nuit, je me tournais et retournais sur ma natte et je me réveillais sans avoir fermé l’œil de la nuit. Je priais Dieu très fort de m’aider. Je me souviens que je pleurais beaucoup. J’aurais bien voulu parler à ma mère mais je n’osais pas. Je ne savais pas par où commencer. Mon Dieu, j’étais effrayée ! Quelle angoisse ! Un jour, je ravalai ma salive, je pris mon courage à deux mains et je m’en allai voir mon grand-père Isaïe. Je crois que mon grand-père était l’homme le plus vieux de Nazareth. Il vivait dans une maisonnette minuscule à la sortie du village. Malgré les ans, il était fort comme un olivier et n’avait pas beaucoup de cheveux blancs dans sa longue barbe. Il n’utilisait jamais de sandales. Il travaillait toute la journée aux champs et, à la tombée du jour, il s’assoyait devant la porte de sa cabane, à mâcher des dattes et à prendre le frais. C’est là que je le trouvai cet après-midi-là…

Isaïe – Tiens, voyez ce qui nous arrive ! Bonjour María ! Dis-donc, ma petite, ta mère m’a dit que tu n’étais pas dans la meilleure forme, ces jours-ci, vrai ou non ? Comment ça, quelqu’un de si jeune ? Anne s’inquiète pour toi.

María – C’est vrai, elle est un peu inquiète.

Isaïe – Un peu ? Beaucoup, oui. Voyons voir, tire la langue.

María – Ahhh !…

Isaïe – Tu n’as pas la langue chargée. Et les yeux ? Oh !… Beaux comme des pommes d’amour ! J’ai déjà dit à Anne de te donner des cosses de caroubier. C’est bon. J’en ai par ici. Tu en veux ?

María – Je veux bien.

Mais le grand-père ne bougea pas de la pierre sur laquelle il était assis. Il cracha une graine et se mit à sourire.

Isaïe – Je te connais bien, ma petite, je t’ai vu naître. Alors, que veux-tu me dire ? Parce que tu es venue me dire quelque chose qui te tient à cœur, n’est-ce pas ?

María – Oui, grand-père, mais…

Isaïe – Dis-moi ce qui t’arrive. Tu sais bien que Dieu nous a donné une langue pour qu’on s’en serve.

María – Grand-père Isaïe, je crois que je ne suis pas malade, mais…

Isaïe – Bien sûr, tu penses à la noce, hein ? C’est normal, ma fille. Toutes les filles s’inquiètent quand arrive le moment. Mais tu verras ça se passera bien.

María – Non, grand-père, ce n’est pas ça… Bon, si, si c’est ça mais…

Mon Dieu, ça me coûtait de tout lui dire ! Grand-père me regardait avec ses grands yeux gris et humides comme le ciel un jour de pluie. Il me souriait toujours.

Isaïe – Qu’est-ce qui se passe, María ? Tu as honte de me le dire, hein ?

María – Oui, grand-père.

Isaïe – Alors, lâche le morceau rapidement, sans y penser.

María – Grand-père… je… je suis enceinte !

Isaïe – Quoi ? Qu’est-ce que tu dis, ma fille ?

María – Vous avez bien entendu, grand-père.

Isaïe – María, ma petite ! Ce chenapan de Joseph n’a donc pas de patience ? Ah, ces jeunes d’aujourd’hui ! Tu ne lui as pas dit d’attendre la noce ? Pourquoi ?

María – Non, grand-père, non. Je n’ai pas couché avec Joseph. Il n’a rien à voir là-dedans.

Isaïe – Alors, qui est-ce, ma fille ? Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

María – Je ne sais pas… je ne sais pas… je ne comprends pas.

Isaïe – Mais, c’est qui ? Timothée, le gars d’Ezéchiel ? Benjamin ? Ces deux-là sont de sacrés loustics !

María – Non, grand-père, ce n’est pas eux. Ce n’est… personne. Je ne… Je n’ai vu personne. Je n’ai été avec aucun garçon, je le jure !

Isaïe – Bon, ma fille, ne pleure pas. Tu t’es fait une idée mais, en réalité, tu n’es pas enceinte.

María – Si, je le suis, grand-père. Je sens déjà le bébé en moi. Je suis sûre.

Isaïe – Tu es sûre, María ?

María – Oui, j’en suis certaine.

Isaïe – Et qu’a dit ta mère ?

María – Je ne lui ai pas dit, je n’ose pas.

Isaïe – Et tes sœurs ?

María – Je ne leur ai pas dit non plus. Vous êtes le premier à qui je le dis. Aidez-moi, grand-père, aidez-moi !

Grand-père me passa la main sur les épaules et m’approcha de lui.

Isaïe – Voyons voir, María… Ces chameliers qui sont restés chez vous, en route pour Sepphoris… Peut-être que… ça fait quelques mois, non ? Je te dis ça parce que ces hommes usent d’herbes bizarres. Ils les font venir de je ne sais où et ils endorment les gens avec ça. Ce ne serait pas quelque chose comme ça ?…

María – Non, non, je n’ai rien pris. Je ne m’en souviens pas. Bon, je crois que non… Ah ! grand-père, je ne sais plus, ce qu’il faut croire ! Aidez-moi, grand-père ! Que va penser Joseph de moi ? Il ne voudra plus se marier avec moi. Il va me laisser tomber. Personne ne voudra se marier avec moi quand ça se saura. Je ne comprends rien, grand-père, je ne comprends rien. Je vous le jure, je vous jure que je n’ai rien fait de mal, je vous le jure !

Isaïe – Je te crois, ma petite María, je te crois. Allez, calme-toi.

María – Mais personne ne va me croire. On dira que je suis ceci et cela… que je suis une traînée… J’aime Joseph et lui va me laisser. Il ne voudra plus me regarder en face. Et moi, je vais devenir folle ! Pourquoi ça ? Pourquoi, grand-père ? Quand mes amies le sauront… On me dira d’avorter, de tuer l’enfant pour que personne ne s’en rende compte… Qu’est-ce que je vais faire ? Qu’est-ce que je vais faire, grand-père ?

Je pleurais, j’étais inconsolable, épuisée par le poids de ce petit enfant que j’avais en moi. Au milieu de mes larmes, je levai la tête, réclamant une réponse à mon grand-père. Il ne disait rien mais me regardait, tranquille, heureux, avec un sourire que je n’ai jamais oublié après tant d’années… Quand nous sommes seuls et que nous ne savons plus rien… j’imagine que Dieu nous regarde comme ça. Il me releva, me prit par les épaules et me mit debout. Je sentis sa force et son espérance.

Isaïe – Réjouis-toi, María ! Réjouis-toi, ne pleure plus comme ça, Dieu est avec toi ! Personne ne va mourir, au contraire, un enfant va naître, tu vas donner naissance à un enfant. Il n’y a pas de joie plus grande que celle-là, María. Chaque enfant qui vient au monde est comme une nouvelle création de Dieu. Réjouis-toi, María, n’aie pas peur !

C’était comme si ces paroles venaient de loin, de très loin, des paroles qui auraient traversé les montagnes et les collines autour de Nazareth. Cela faisait longtemps que ces mots attendaient d’être prononcés.

María – Mais… mais, comment cela est-ce possible, je n’ai été avec aucun homme ?

Isaïe – Pour Dieu, tout est possible, ma fille. Et lui apporte toujours de grandes choses. Va-t-en savoir ce qu’il va vouloir faire de toi et de cet enfant qu’il t’a donné. Souviens-toi de Sarah. Dans les entrailles sèches, l’espérance n’est pas morte, malgré les années. Dieu l’a fait rire et lui a donné Isaac en cadeau. Souviens-toi de la mère de Samuel et de celle de Samson. C’étaient des terres qui ne donnaient plus de fruits. Dieu s’est souvenu d’elles et leur a mis un enfant dans les bras. Dieu est grand, María, il fait des choses merveilleuses. Pas seulement dans les temps anciens, mais aujourd’hui encore. As-tu su que ta tante Elisabeth, malgré sa vieillesse, attendait un bébé ?

María – Alors, grand-père, vous croyez que Dieu est derrière tout ça ?

Isaïe – Bien sûr, ma fille ! Allez, dis oui à cet enfant, María. Amène-le à la vie. Dis oui à Dieu. Quoiqu’il en soit, tout ira bien.

Alors, toute tremblante, j’ai dit oui. Le souffle de Dieu, la force de son esprit flotta sur mon corps, comme au tout début du monde. Grand-père Isaïe avait les yeux tout humides quand je le quittai. Je retournai à la maison en me répétant une à une toutes ses paroles. Ce jour-là, les premiers amandiers fleurissaient à Nazareth.

Réjouis-toi, fille de Sion !

Réjouis-toi et pousse des cris de joie, fille de Jérusalem !

Parce que le Seigneur ton Dieu est en toi,

Le Roi d’Israël, un Sauveur tout puissant.

 

Luc 1,26-38

Commentaires :

Raconter les faits de l’enfance de Jésus à la fin de sa vie permet de mieux comprendre l’origine de ces récits dans les évangiles de Matthieu et de Luc. Marc ou Jean ne disent absolument rien de l’enfance de Jésus.

Les évangiles n’ont pas été écrits dans l’ordre des chapitres que nous lisons aujourd’hui. Le récit de la passion et de la mort de Jésus a été mis par écrit en tout premier lieu. Ensuite ont été ajoutés les récits des apparitions de Jésus ressuscité à ses disciples, chaque évangéliste a choisi. On considérait que les faits de la mort et de la résurrection de Jésus constituaient l’essence de la foi chrétienne. C’était, en plus, ce qui restait de plus vivant dans la mémoire du la plupart des gens. Par la suite, on a structuré une vie de Jésus basée sur les différentes étapes de son activité prophétique : en Galilée, à Jérusalem, des phrases, des discours, des guérisons. Cette structure n’est pas la même dans les quatre évangiles. Ce n’est qu’à la fin de la rédaction que, Matthieu tout comme Luc, ajoutèrent à cette histoire de Jésus adulte, quelques traits pour illustrer son enfance. C’est ainsi que ce qui est écrit au début des évangiles a été écrit en dernier lieu.

Personne ne savait sans doute rien des premières années de la vie de Jésus, de ce qu’il avait fait, quand les évangiles ont été écrits. Aucun des disciples de Jésus ou des premiers chrétiens n’avait été près de lui durant ces années-là. Jusqu’à ce qu’il aille au Jourdain, voir Jean le Baptiste, la vie de Jésus n’a rien eu de spécial, rien qui puisse la distinguer de la vie de beaucoup de ses compatriotes. Mais après l’annonce du Royaume de Dieu et surtout après sa mort et l’expérience de sa résurrection qu’ont eue les disciples, ceux-ci ont commencé à s’intéresser, à en savoir plus sur sa vie.

María, la mère de Jésus, a bien pu être celle qui a raconté aux évangélistes l’enfance de son fils. Mais, Luc comme Matthieu n’ont pas voulu refléter dans les événements de l’enfance des faits historiques exacts. D’entrée, ils ont cherché à orienter le lecteur sur ce que serait le destin de cet enfant. Ils ont pour cela utiliser des recours littéraires typiquement orientaux et bibliques : les anges, les signes, les rêves, les prophéties de l’Ancien Testament qui s’accomplissent, les étoiles, les révélations, les mages. Ils ont dessiné un scénario “merveilleux” pour que le lecteur comprenne bien qui était Jésus.

Au temps de Jésus et dans la majorité des pays d’orient, le père était celui qui décidait de la personne avec laquelle il allait marier ses filles. En Israël, ce n’était valide qu’avant les douze ans de la jeune fille. A partir de cet âge, il fallait le consentement de la fille pour arranger le compromis. De toute façon, la dote du mariage, était toujours de la responsabilité du père de la fille. La quantité variait beaucoup d’un village à l’autre et dépendait des ressources de la famille.

Le mariage était toujours précédé de fiançailles qui ne ressemblaient pas aux fiançailles actuelles. Etre fiancé voulait pratiquement dire être marié. Les fiancés s’appelaient “époux” et “épouse”. Et l’infidélité de la femme durant le temps des épousailles était considérée comme adultère, même si l’union entre les époux n’était pas consommée. Les fiançailles étaient bien plus que la parole donnée. Elles créaient une relation juridique et familiale très forte. On ne sait pas exactement le temps compris entre les fiançailles et le mariage. Le plus souvent c’était un an, mais cela dépendait des endroits, des coutumes familiales et de l’époque de l’année.

Les fiançailles préparaient la passation de pouvoir entre le père de la fille et son époux. Elles étaient parfois célébrées alors que la fiancée était encore gamine et pouvait n’avoir que six ou huit ans. L’âge le plus normal était autour des douze ans ou douze ans et demi. A cet âge, la fille était considérée comme une femme adulte. En Israël, les femmes se mariaient très jeunes. Treize ou quatorze ans étaient l’âge le plus fréquent. Les hommes avaient quelques années de plus : dix-sept ou dix-huit ans. Dans les villes il y avait beaucoup de cas de mariages entre personnes de même famille, car les femmes vivaient sans sortir et il leur était difficile de connaitre d’autres garçons en toute liberté avant de se marier. En campagne, c’était différent. Les femmes et les hommes travaillaient ensemble tout petits durant les récoltes et les semailles et pouvaient ainsi lier amitié plus normalement.

Dans l’actuel Nazareth sourd encore l’eau du puits du village au temps de Marie, là où elle a dû aller des centaines de fois avec ses amies et ses voisines. Elle est à l’intérieur d’une petite et belle église orthodoxe grecque, consacrée à l’ange Gabriel. Une partie de l’eau de cette fontaine est canalisée vers une autre, construite récemment en pleine rue, où les Nazaréens boivent et remplissent leurs bidons d’eau. Tous l’appellent “le puits de Marie”.

Le texte de l’annonciation et du oui de Marie élaboré par Luc est inspiré littérairement de plusieurs prophéties : Sophonie 3, 14-18 ; Isaïe 7, 14 et 9, 6. Tout au long de l’Ancien Testament apparaissent des enfants qui naissent de manière surprenante, comme un cadeau de Dieu pour leur mère stérile ou d’âge avancé dans espoir de donner vie. C’est le cas d’Isaac, patriarche du peuple, fils de l’ancienne Sarah et d’Abraham (Genèse 18, 9-14). De Samson, le grand juge d’Israël, fils d’une femme stérile (Juges 13, 1-7). De Samuel, le dernier juge d’Israël, fils d’Anne, une autre femme stérile qui demandait tout le temps à Dieu le cadeau d’un enfant (1 Samuel 1, 1-18). Même dans le Nouveau Testament, ce sera le cas de Jean le Baptiste, fils d’Elisabeth, une femme âgée. Devant l’importance des hommes comme Isaac, Samson ou Samuel, les biographes veulent indiquer, dès leur origine, qu’ils ont toujours été un don de Dieu pour son peuple, plus qu’un fruit d’engendrement des parents. Quand Luc écrit son évangile, il a en tête toutes ces histoires de l’Ancien Testament et élabore un récit qui les évoque. María ne connaît pas d’homme, elle est vierge, et malgré tout, elle va avoir un fils, qui vient de Dieu et qui sera le plus grand don de Dieu à l’histoire humaine.

Dans le nom du grand père Isaïe il y a tout un symbole. Luc a créé aussi un symbole en parlant de l’ange Gabriel. Isaïe est le prophète qui annonce, huit cents ans avant J-C, qu’un enfant apportera à Israël la paix et la justice, un enfant qui s’appellera Emmanuel, qui signifie “Dieu avec nous” (Isaïe 7, 13-14 ; 9, 5-6).

131 – UN ENFANT VA NAÎTRE

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