13 – QU’EST-CE QUE LE ROYAUME DE DIEU ?

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Journaliste – Chers amis de Radio Amérique Latine, vous suivez avec grand intérêt ces débats inédits que nous vous proposons depuis quelques jours entre Paul de Tarse, plus connu sous le nom de saint Paul, apôtre, et Marie Madeleine. Depuis plusieurs émissions, par les conversations et les idées contradictoires, nous voyons bien que nous sommes face à des personnes passionnées… Qu’en pensez-vous, Paul ?

Paul – Je reconnais que cette femme de Galilée est un peu têtue… et passionnée, oui. On a l’impression parfois que ses paroles sont comme une épée à deux tranchants.

Marie – Ah, don Pablo, vous êtes toujours prêt à la bataille, comme si vous étiez plus soldat que missionnaire. La parole est une épée et la foi un bouclier…

Paul – La vie chrétienne est et sera toujours un combat. Moi, j’ai essayé de montrer comment nous devions nous y prendre : revêtir l’armure de Dieu en reconnaissant que nous ne nous attaquons pas à des forces humaines mais aux forces obscures du Malin…

Marie – Ah non, don Pablo… Des forces obscures ? Quand Jésus a commencé son mouvement pour annoncer que le Règne de Dieu arrivait, il nous a appris autre chose : que le combat était contre des forces bien claires, celles qui nous opprimaient dans le monde d’alors.

Journaliste – Marie Madeleine, beaucoup d’auteurs nous affirment que Jésus-Christ était un passionné et que sa passion, son obsession, oserais-je dire, était le Règne de Dieu.

Marie – Ils ont raison, c’était comme ça. Jésus rêvait de l’arrivée du Règne de Dieu… Il a même pensé qu’il le verrait, il avait hâte, il avait ce désir…

Journaliste – Expliquez-nous, Madeleine, qu’est-ce que c’était ce Règne de Dieu dans l’esprit de Jésus. Parce que de nos jours, ce thème de règne ne nous dit plus grand chose… ou quelque chose d’arriéré, de dépassé. Aujourd’hui, nous ne voulons plus de monarchies, avec des rois et des vassaux, nous voulons des républiques, des sociétés démocratiques avec des libertés, des droits, une égalité…

Marie – Eh bien, c’est ça, ce n’est pas arriéré du tout, parce que Jésus voulait ça justement. Dans n’importe quelle partie du monde, celui qui est enfermé recherche à tout prix la liberté.

Journaliste – Et quelle était la prison de son temps ?

Marie – Le Règne de Rome. Nous étions soumis aux Romains. Et quand ils envahirent notre pays et nous écrasèrent d’impôts, nous étions déjà sous le poids de la Loi et du Temple. Les prêtres et les pharisiens comme vous…

Paul – Ecoutez, monsieur le journaliste a déjà dit qu’on ne devait pas se permettre d’allusions ou d’insinuations offensantes.

Marie – Non, mais je ne vous offense pas. Vous nous chargiez les épaules de lourds fardeaux, vrai ou faux ? La dîme, le sabbat, les purifications, les jeûnes… Quand on était malade, c’était à cause de nos péchés, quand on était pauvre, c’était de notre faute, quand on était ouvrier, journalier, mal payé, on n’avait qu’à se soumettre ; si on était une femme, on était impure une fois par mois… La religion nous mettait en prison.

Journaliste – Et les gens acceptaient ça ?

Marie – Les gens étaient aveuglés, sourds, paralysés… Jésus nous ouvrait les yeux, nous réveillait…

Journaliste – Que leur proposait-il ?

Marie – Quand Jésus a commencé le mouvement, il commençait toujours par élever la voix et disait : Réjouissez-vous, le Règne de Dieu est tout proche ! Je l’entends encore…

Jésus – Il faut que ça change… Dieu est un père et ne veut pas que ses fils ou ses filles soient traités comme des esclaves, ou qu’ils meurent de faim. Dieu prend le niveau comme le fait un maçon pour aligner les pierres du mur : il n’y a plus ni riches ni pauvres, nous sommes tous égaux. Il n’y a plus de pharaons ni d’esclaves, nous sommes tous frères. Dieu descend de son estrade qu’est le ciel et vient à nos côtés, nous les rejetés de ce monde. N’avez-vous pas toujours entendu parler de l’An de Grâce ? Ne venons-nous pas de l’entendre ? Dieu veut que tous les cinquante ans, il y ait une année de trêve. Tous les cinquante ans, on déchire tous les titres de propriété, tous les rappels de dettes, tous les contrats d’achat et de vente. Et que la terre soit répartie de façon égale entre tous. Parce que la terre appartient à Dieu et tout ce qu’il y a sur cette terre est à Lui. Il ne faut pas qu’il y ait de différences entre nous. Que personne n’ait à profusion quand d’autres sont dans le besoin. Voilà ce que Dieu a ordonné à Moïse il y a mille ans et on attend toujours, parce que cela n’a jamais été mis en œuvre. Ni les gouvernants, ni les propriétaires terriens, ni les usuriers n’ont voulu réaliser l’An de Grâce. Eh bien, c’est le moment !

Marie – L’écouter nous donnait beaucoup d’espoir. C’était une bonne nouvelle. Nous avions commencé par là : avoir l’espoir que les choses pouvaient changer, que les choses allaient changer ! Il nous apprenait à ne pas nous résigner. Nous avons appris par lui que Dieu était à nos côtés, nous les pauvres, les petites gens.

Paul – Provoquer des troubles et des émeutes n’a jamais été la volonté de Dieu.

Journaliste – Il y en a qui disent que Jésus était un révolutionnaire…

Marie – Révolutionnaire ? Nous n’utilisions pas ce mot en ce temps-là. Les prêtres le traitaient d’hérétique et de blasphémateur, les Romains de rebelle et de séditieux. C’est pour cela qu’ils se sont mis d’accord pour le tuer.

Journaliste – Le Royaume de Dieu était un projet politique alors ?

Marie – C’était le projet de Jésus. Il bénissait les pauvres, il leur disait qu’ils étaient bienheureux parce qu’ils allaient cesser d’être pauvres, il maudissait les riches. Il leur disait qu’il fallait choisir : Dieu ou l’argent.

Journaliste – Ce que vous dites, Madeleine, beaucoup diront que c’est faire de la politique.

Marie – Qu’ils le disent… mais, oui, Jésus s’est mêlé de ça… Et, il en était le chef !… Comme lors de son baptême dans le Jourdain !

Paul – Mais, vous êtes en train de dire des bêtises, non ?

Journaliste – Marie Madeleine, Jésus-Christ n’a pas été le maître de l’amour ?

Marie – Mais ce maître nous a montré aussi qu’on n’aime pas de la même façon ceux d’en haut et ceux d’en bas…

Journaliste – Comment ça ?

Marie – Aimer les pauvres, c’est lutter pour faire en sorte qu’ils ne le soient plus, aimer ceux d’en haut, c’est lutter pour qu’ils changent d’attitude et ce sera mieux pour tous… Voilà, voilà ce qu’est le Règne de Dieu.

Paul – Permettez-moi de dire une chose à cette femme agitée et agitatrice qui ne me laisse pas parler…

Journaliste – Allez-y, Paul, nous vous voyions bien silencieux…

Paul – C’est pour ça que je demandais de faire taire les femmes dans les églises… Ecoutez, vous, monsieur le journaliste, vous vous êtes laissé abuser par ses discours…

Journaliste – Parlez, apôtre Paul, vous avez la parole.

Paul – Merci beaucoup… Je me souviens avoir entendu dans la communauté de Jérusalem, de la bouche de Jean, je crois, le fils de Zébédée, que le Christ, Seigneur, vous avait appris aussi qu’il fallait aimer ses ennemis… Qu’en dites-vous, Marie Madeleine ?

Marie – Ce que j’en dis ? Que Jésus a eu beaucoup d’ennemis. Quand quelqu’un dénonce les injustices, il se fait beaucoup d’ennemis. On a voulu le lapider, l’expulser de la synagogue. Juste après avoir guéri un estropié, un jour de sabbat, ils ont voulu le tuer…

Journaliste – Mais, que signifie aimer ses ennemis ?

Marie – Leur faire voir le mal qu’ils font. Les dénoncer, comme l’ont fait les prophètes, les affronter, parler sans ambiguïtés aux usuriers, aux propriétaires, aux injustes.

Paul – Je crois que vous êtes tellement passionnée, vous, Madeleine, que vous décrédibilisez Jésus-Christ, le Seigneur. Vous le transformez en agitateur soulevant les foules, un provocateur anarchique et dangereux…

Marie – Et vous, en quoi le transformez-vous, hein ?… En un pharisien de votre espèce ?

Journaliste – Allons, allons… Du calme, du calme…

Paul – Je considère que les allégations ambiguës de cette femme incitent à la violence au nom du Seigneur Jésus…

Marie – Jésus n’a jamais incité à la violence, je ne le ferais donc pas non plus… Jésus a toujours parlé de justice, jamais de violence… Mais, don Pablo, admettez-le, le monde dans lequel nous vivions, vous et moi, Jésus, nous tous, était un monde très violent.

Journaliste – Sur beaucoup d’images, on représente toujours Jésus peint au milieu des fleurs et des petits oiseaux…

Marie – Je n’ai pas vu ces images. Jésus a toujours été au milieu des scribes et des pharisiens… Jésus a vu les légions romaines, tout petit à Nazareth comme moi à Magdala. Ils entraient dans les villages comme chez eux, saccageaient tout, violaient les femmes…

Journaliste – Vous souvenez-vous d’un événement particulièrement sanglant ?

Marie – J’étais encore petite quand, à Sepphoris, la capitale de Galilée, les Romains ont crucifié des centaines de rebelles. Il y avait toujours des soulèvements contre Rome.

Journaliste – Que pensait Jésus de la violence ?

Marie – Jésus savait que les légions romaines apportaient de la violence, tant d’injustices, c’était de la violence, la faim était de la violence. Il nous disait qu’il fallait résister à cette violence. Jésus l’a fait. C’est pour cela qu’ils l’ont tué.

Journaliste – Et dites-nous, Marie Madeleine, est-ce vrai que Jésus conseillait de tendre la joue quand on vous donnait une gifle ? N’est-ce pas de la faiblesse, de la couardise ?

Marie – Non, c’était une astuce. Jésus nous a appris à être comme la colombe et comme le serpent. A bien mesurer à qui on s’affrontait. A ne pas nous risquer par plaisir. C’est ce qu’il faisait. Les vendeurs du Temple, il les a chassés à coups de fouet, il ne leur a pas tendu la joue.

Journaliste – Bon, continuons. Madeleine nous a dit que la consigne de Jésus était : Réjouissez-vous, le Règne de Dieu est tout proche !… Et vous, Paul, quelle était votre consigne ?

Paul – Je n’avais pas l’habitude de faire de l’agitation ni en parlant ni en écrivant. J’ai toujours préféré le langage modéré. Dans mes lettres, je donnais des orientations et je louais mon Seigneur Jésus-Christ.

Journaliste – Comme le sujet de l’émission est le Règne de Dieu, Magali me passe une note qui, dit-elle, est éloquente… Allez-y, Magali !

Magali – Dans les évangiles de Matthieu, Marc et Luc, le Royaume de Dieu revient plus de 120 fois dans la bouche de Jésus, tandis que dans vos lettres, Paul ne le mentionne que 11 fois…

Journaliste – Nous avons un appel… Allô ? Qui est-ce ?…

Ivonne – C’est moi, Ivone Gebara, théologienne, du Brésil…

Journaliste – Bienvenue à nouveau dans notre débat, Ivone… Quel commentaire apportez-vous ?

Ivonne – Le chiffre que nous venons d’entendre est plus qu’éloquent : 120 fois Jésus parle du Royaume de Dieu et Paul seulement 11. C’est une preuve que pour Jésus le Royaume de Dieu était le message central. Et que cela n’intéressait pas beaucoup Paul.

Paul – ça ne pouvait être qu’une femme ! Aussi insolente que cette Galiléenne que j’ai devant moi !

Ivone – Aucun doute là-dessus : le projet du Royaume de Dieu, le rêve de Jésus de Nazareth, était un projet de transformation radicale. Pour son temps et pour notre époque, partout où les forces obscures ont du pouvoir. Disons-le sans peur : Jésus a été un révolutionnaire, il l’a été beaucoup plus qu’on ne le pense.

Journaliste – Amis de Radio Amérique Latine, que pensez-vous de tout ce qui s’est dit aujourd’hui avec Paul et Marie Madeleine ? Retrouvez-nous sur le web et sur les réseaux sociaux : www.emisoraslatinas.net. Et souvenez-vous que qui se pose des questions réfléchit ; qui n’a que des réponses, obéit. C’était Jean-Louis qui était avec vous.

13 – QU’EST-CE QUE LE ROYAUME DE DIEU ?

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