8 – LES PAUVRES SONT-ILS BIENHEUREUX ?

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Journaliste – Chers amis de Radio Amérique Latine, nous voici à nouveau, et avec vous, chers auditeurs, nos deux figures notables de l’histoire du christianisme. A savoir l’apôtre Paul… Bienvenue, Paul…

Paul – Soyez bénis de la part de notre Seigneur Jésus-Christ.

Journaliste – Et Marie Madeleine… Bienvenue, Marie…

Marie – Merci, frère journaliste. C’est comme ça qu’on dit, n’est-ce pas ?

Journaliste – Tout à fait. Journalistes nous sommes, nous qui nous consacrons à informer, fouiller… Et précisément, je faisais des recherches sur internet et j’ai découvert que dans les évangiles, le mot “pauvres” apparaît une fois, deux fois… des dizaines de fois. Tandis que, dans vos lettres, Paul, ce mot n’existe pratiquement pas.

Marie – Eh bien, je ne sais pas comment don Pablo a pu oublier les pauvres parce que ce sont les plus importants dans le Royaume de Dieu. C’est comme si un chamelier, parti en voyage, oubliait son chameau.

Paul – Je n’ai rien oublié, ma chère, c’est que moi je les ai appelés les saints, les élus, les serviteurs du Christ Jésus…

Marie – Excusez-moi, don Pablo, mais “pauvres” n’a pas ce sens-là. Les pauvres, ce sont les pauvres. Je me souviens des moments où nous nous réunissions sur la colline qui jouxte le lac de Galilée, aux environs de Capharnaüm.

Journaliste – Je crois qu’on l’appelle maintenant, le Mont des Béatitudes.

Marie – C’est possible. Jésus regardait la foule et se mettait à parler mieux que jamais auparavant, avec enthousiasme… Nous sentions que Dieu était en lui…

Paul – C’est ce qu’on m’a dit, oui, quand je suis allé rencontrer les frères de Jérusalem. Matthieu m’a rapporté les paroles du Seigneur Jésus ce jour-là : Bienheureux les pauvres d’esprit parce qu’ils composent le Royaume des cieux.

Marie – Matthieu vous a raconté ça ?

Paul – Exactement.

Marie – Ecoutez, don Pablo… Matthieu était assez amateur de vin… c’est peut-être pour cela qu’il a changé les paroles.

Journaliste – Quelles paroles l’évangéliste Matthieu a-t-il changées ?

Marie – Jésus a dit : “Heureux les pauvres”. C’est tout. Sans ce rajout d’esprit.

Paul – Soyons sincères, ma chère… Il y a des pauvres vicieux… immoraux… possédés par les passions…

Marie – Dans tous les champs il y a du blé et de l’ivraie, don Pablo. Viendra le temps de les séparer. C’est Dieu qui s’occupera de cela. Mais Dieu a donné son Royaume en cadeau aux pauvres.

Journaliste – Et le Royaume des cieux ?

Marie – Il n’y a pas de ciel. C’est Matthieu qui a inventé ça aussi. Le Royaume est ici, sur la terre. Laissez-moi vous poser une question, don Pablo… Vous avez bien eu faim une fois ou l’autre ? Avez-vous passé un, deux, trois jours sans manger ?

Paul – Je ne vois pas ce que vient faire cette question.

Marie – Quand un frère a faim et qu’on lui dit : “Va en paix, que Dieu te bénisse…” et qu’on ne lui donne pas de pain… A quoi cela sert-il ?

Paul – Je ne comprends toujours pas votre question malicieuse…

Marie – J’ai entendu ça de la bouche de Jacques, le frère de Jésus. Si on dit : “Aie foi en Jésus”, à quoi cela sert-il, don Pablo ?

Paul – Mais, que veux-tu insinuer en me disant cela, bavarde ?

Marie – Que le Royaume de Dieu est pour maintenant, non pour le ciel. Dans le ciel, on n’a plus besoin de pain ou de soupe.

Paul – La foi en Jésus voilà ce qui sauve.

Marie – La foi ? Je me moque de la foi, moi. Vous savez ce que disait Jacques ? “La foi te sauvera-t-elle ? La foi sans les œuvres est une foi morte.”

Journaliste – Bref, qu’a dit Jésus sur cette montagne, Marie Madeleine, vous qui étiez là ?

Marie – Heureux sommes-nous, nous les pauvres parce que nous sommes le Royaume de Dieu. Voilà ce qu’il a dit.

Journaliste – Pardon… nous… Jésus a dit “nous” ?

Marie – Oui, parce qu’il a été pauvre, très pauvre.

Paul – Là-dessus, tu as raison. Christ étant de condition divine s’est abaissé et de riche, il s’est fait pauvre pour nous, pour nous enrichir dans notre pauvreté.

Marie – Par la barbe d’Abraham ! Que dites-vous, don Pablo ? Non, non, laissez ces poésies pour un autre moment. Jésus n’est pas devenu pauvre. Jésus était pauvre. Nazareth était un tout petit village de rien. Là-bas, personne ne possédait rien.

Journaliste – Bon, je comprends que Jésus avait un atelier de menuiserie.

Marie – Un atelier !… Ah ! Jean-Louis, vous ne savez donc pas… Jésus et son père Joseph et tous les habitants de Nazareth étaient des…

Journaliste – Des quoi… ?

Marie – Des affamés. Des hommes à tout faire. Jésus réparait une vieille porte tout comme il posait des tuiles ou allait semer le blé…

Journaliste – Un désœuvré, un demandeur d’emploi ?

Marie – Oui, voilà ce qu’était Jésus. C’est pour cela que ses voisins se sont moqués de lui quand il a annoncé à Nazareth l’Année de Grâce. J’étais là, moi, quand il a parlé pour la première fois à la synagogue… Je m’en souviens… Il était énervé…

Jésus – Mes amis… écoutez-moi… je… je… vous annonce une grande joie, une très grande joie : notre libération. Nous, les pauvres, nous passons notre vie courbés sur la terre comme des bêtes. Les grands nous ont mis sur les épaules un joug très pesant. Les riches nous ont volé le fruit de notre travail. Les étrangers se sont emparés du pays et même les prêtres ont changé de bord et nous ont menacés par des lois religieuses terribles. Et nous voilà comme nos pères en Egypte au temps de Pharaon. Nous avons mangé un pain amer, nous avons bu nos nombreuses larmes. Et, on nous a donné tant de coups de bâtons qu’on a fini par croire que Dieu nous avait abandonnés. Non, mes chers voisins, le temps est venu et le Royaume de Dieu est proche, tout proche.

Marie – On lui criait : “Médecin, soigne-toi toi-même… De quelle misère vas-tu nous sortir, toi le plus grand loqueteux de Nazareth ?”… On lui a même jeté des pierres !

Paul – J’entends ton récit, Marie Madeleine et je trouve ça très… très peu spirituel.

Marie – Ecoutez, don Pablo, quand les disciples de Jean Baptiste sont venus demander si Jésus était sur la bonne voie, savez-vous ce qu’il leur a dit ? Allez dire à Jean Baptiste que les gens se réveillent. Qu’on annonce la bonne nouvelle aux pauvres.

Journaliste – Pourriez-vous concrétiser pour nos auditeurs, Marie Madeleine, en quoi consiste cette bonne nouvelle ?

Marie – Que les pauvres vont cesser d’être pauvres ! Que les gens humiliés vont rire ! Que personne n’aura besoin de rien parce que tout le monde aura tout ce qu’il lui faut !

Paul – Et que reste-t-il de la foi en Jésus-Christ ? Que reste-t-il des commandements ?

Marie – Eh bien, voyez-vous, don Pablo, on a posé la même question à Jésus. Et lui a répondu qu’à la fin, quand Dieu nous demandera des comptes, il ne nous posera pas la question de la foi ou des commandements… J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire… J’étais sans toit et vous m’avez trouvé un abri… C’est tout. Parce que Dieu, personne ne l’a jamais vu… Et si tu n’es pas sympa avec ton frère ou ta sœur que tu vois, c’est un mensonge de dire que tu aimes Dieu que tu ne vois pas. Les pauvres, don Pablo, voilà le principal commandement.

Paul – J’ai été présent parmi les pauvres de la communauté de Jérusalem, vous devez bien le savoir, parce que vous y étiez… L’année de la grande sècheresse, quand il n’y avait pas de quoi manger, j’ai fait une collecte parmi les églises pour les aider…

Marie – Et je vous en remercie, don Pablo. Je faisais partie de ceux qui ont pu manger grâce à cette collecte. Mais, don Pablo, dans le Royaume de Dieu, il n’y aura plus ni collectes ni aumônes. Dans le Royaume de Dieu, il y aura la justice.

Journaliste – Elena Martinez, notre reporter, nous fait signe. Elle se trouve dans la communauté de Rio Blanco, au Honduras… Mais, avant, j’ai un message du théologien d’Amérique centrale, Jon Sobrino. Magali…

Magali – Oui, Jean-Louis. On disait avant, “hors de l’église, pas de salut”. Quelle grande erreur. Jésus aurait dit : “hors les pauvres, pas de salut”.

Journaliste – Un bref message mais frappant. Merci, Magali. Continuons, Elena…

Elena – Merci. Avant de passer le micro à doña Luisa, une dame ici présente, je veux te dire, Jean-Louis, que cette communauté de paysans et indigènes lencas ont suivi attentivement l’émission, on n’entendait pas le moindre moustique voler… Alors, oui, madame…

Une Hondurienne – Je m’appelle Luisa, je n’ai pas de question, mais une parole qui vient du cœur…

Elena – Allez-y, doña Luisa…

L’Hondurienne – Ce qu’a dit notre amie Marie Madeleine n’est pas une vieille histoire d’un autre temps, la lutte pour plus de justice est toujours d’actualité… Dans notre communauté, qui est très pauvre, il y a eu des prisonniers, qu’on a frappés, blessés, tués parce qu’ils luttaient pour défendre nos rivières, nos forêts. Ça aussi c’est de la justice. Parce que c’est justice d’avoir de l’eau, des arbres… On a même tué notre Berta Cáceres. Elle était notre chef… Mais, nous n’abandonnerons pas. En voyant tant d’injustice, nous n’avons plus peur de la peur… Jésus a eu peur, n’est-ce pas, Madeleine ?

Marie – Oui, il a eu peur. Il a eu peur souvent, il me le disait…

La Hondurienne – Béni soit son nom… et bénie sa peur, alors. Et voyez-vous, la plus grande peur que nous avons aujourd’hui, c’est de cesser la lutte. Et nous nous disons : Si personne ne veut poser une pierre dans ce monde, si nous mourons tous, il vaut mieux mourir en luttant que de mourir en mendiant… N’est-ce pas ce que Jésus a enseigné ?

Marie – Si, c’est cela… c’est cela même… C’est pour cela que Jésus compte sur vous, doña Luisa, et sur votre communauté mobilisée…

Journaliste – En voyant dans les yeux de Marie Madeleine l’émotion que le message de doña Luisa a causée, nous mettons fin à l’émission, avec comme musique de fond le chant qu’entonnent les auditeurs de Rio Blanco, au Honduras, en terres d’Amérique Centrale… A la prochaine, chers amis. Comme toujours sachez que vous pouvez nous retrouver sur le web et sur les réseaux sociaux www.emisoraslatinas.net. Et souvenez-vous que qui se pose des questions réfléchit ; qui n’a que des réponses, obéit. C’était Jean-Louis qui était avec vous.

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